Que penser de F.R.I.E.N.D.S en 2021 ? (Saison 1)


Qui ne connaît pas F.R.I.E.N.D.S ?? Qui n’a jamais entendu parler du couple mythique de Rachel et Ross, de l’humour caustique de Chandler, de la loufoquerie de Phœbe, de la maniaquerie de Monica ou de la gourmandise inégalée de Joey ?


Sauf dans l’éventualité où vous avez vécu les vingt-cinq dernières années dans une grotte, vous devez au moins la connaître de nom et avoir quelques notions friendesques. Mais pour autant, certains d’entre nous ont pu passer à travers la totalité des épisodes de la sitcom. Par choix ou simplement par manque de temps ou d’occasion. Ce fut le cas d’Anaïs Bordages, journaliste série qui n’avait jamais vu F.R.I.E.N.D.S et qui n’en connaissait que quelques vagues aspects. En 2020, elle décide dans se lancer dans le visionnage de l’intégralité de la série, aidée par son amie, Marie Telling, journaliste elle aussi, pour le compte du média Slate. Marie, pour sa part, est une fan de F.R.I.E.N.D.S depuis toujours et n’a qu’une envie : convaincre Anaïs que la sitcom est une pure merveille. Elles ont donc démarré le podcast A.M.I.E.S pour nous permettre de les suivre dans cette découverte.


Et je ne sais pas vous, mais j’ai trouvé l’idée passionnante.


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F.R.I.E.N.D.S est aussi une de mes séries cultes. Quel que soit mon état, déprimée, enthousiaste, fatiguée, sereine, je retrouve à chaque fois ces personnages avec bonheur. Pour tout vous dire, je ne compte plus les références de F.R.I.E.N.D.S qui ponctuent ma pop culture personnelle. Mais j’ai néanmoins conscience qu’une sitcom ayant débuté en 1994 n’a pas forcément très bien vieilli. Et je trouvais donc intéressant de prendre le prétexte de ce podcast pour revoir cette série à mon tour, mais avec mon regard de femme trentenaire de 2021.


Vais-je trouver Chandler aussi drôle ? Que vais-je penser des personnages féminins ? De l’évolution de Rachel notamment ? Ou du comportement de Ross ?

Je vous propose de vous faire un point régulièrement sur mon visionnage de F.R.I.E.N.D.S pour découvrir si mon avis change sur cette série que j’ai toujours adorée. Mon premier article s’attachera à la saison 1 et j’écrirais sûrement ensuite un article traitant de plusieurs saisons à la fois. Histoire que ça ne soit pas trop rébarbatif...


  • Quelles mauvaises surprises pendant cette saison n° 1 ?


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Si j’ai de la tendresse pour chaque personnage, je dois reconnaître que cette première saison m’a déjà donné à réfléchir. Sur le manque de diversité notamment. Alors n’ayant pas regardé la série les yeux bandés pendant toutes ces années, je savais évidemment que les héros étaient tous blancs et hétéros. Mais il faut avouer qu’avec les séries actuelles, dont de moins en moins font l’impasse sur la diversité, ça ne peut que sauter aux yeux. Mes notions d’ethnologie sont assez maigres, mais j’imagine que le New York des années 90 était un poil plus varié que nous ne le laissait penser la sitcom. Même dans les personnages secondaires, il n’y en a aucun représentant une minorité. Et si à l’époque, je ne me suis jamais trop posé de questions, aujourd’hui je trouve que c’est un problème. Voir six jeunes gens blancs, vivant en vase clos dans de super appartements en plein Greenwich Village, ne nous donne pas une juste vision de la société. J’ai été à New York (en 2020 certes, mais quand même), je peux vous dire que la ville est un melting-pot incroyable de personnes de tous les horizons. Il est donc dommage que la série n’ait pas réussi à intégrer cet aspect. En propageant ce type de représentation trompeuse (même sans que cela soit fait consciemment), on perpétue auprès de tous de fausses conceptions de la société.


L’humour aussi m’a permis de réfléchir. Tout d’abord la grossophobie. La première saison n’est pas la plus parlante à ce propos et nous pourrons voir que cela ne s’améliore pas dans les suivantes (avec notamment le traitement du personnage de Monica à l’adolescence). Mais rien que dans cette première saison, les blagues grossophobes sont déjà présentes. Et si là encore, je n’ai pas été particulièrement surprise puisque je connais les épisodes quasiment par cœur, c’est davantage ma propre réaction qui m’a interpellée. Mon humour, ma sensibilité ont évolué. Des blagues que j’aurais pu trouver drôles il y a encore quelques années ne me font plus rire aujourd’hui. Parce que je me suis renseignée, parce que j’ai lu différents articles et témoignages et qu’à présent, cet humour facile et stéréotypé ne fonctionne plus avec moi.



J’aimerais également souligner un autre point : la diversité des physiques. Les six héros sont minces et n’ont aucun problème de poids. Là aussi, ils ne représentent qu’une petite partie de la population. Et si je pousse le bouchon un peu plus loin, je ne peux pas m’empêcher de penser que le physique a davantage joué dans le choix des actrices que pour leurs homologues masculins. Je m’explique. Jennifer Aniston, Courtney Cox ou Lisa Kudrow sont des femmes magnifiques et correspondant parfaitement aux critères de la beauté moderne. Alors, elles sont superbes oui, mais il y a d’autres moyens d’être belles qu’en rentrant dans une taille XS. Et pour ce qui est des rôles masculins, je n’ai pu que noter une différence. Je n’ai rien contre le physique de Matthew Perry, Matt Le Blanc ou David Schwimmer, mais personnellement, je les trouve plus quelconques. Cela tient peut-être juste d’une affaire de goût. Mais il faut avouer que les trois garçons sont assez distincts les uns des autres. Chandler est plutôt gringalet, Joey n’a pas vraiment de carrure et seul Ross est grand et bien bâti. Mais au fond, ce n’est pas un problème. C’est même une bonne chose qu’ils aient des physiques relativement dissemblables. J’aurais simplement souhaité retrouver à minima cette (très légère) diversité chez les filles.


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Partons à présent sur un instant confessions. Je dois vous confier que je suis une fan de Chandler de la première heure. J’aime son humour parfois corrosif et avouons-le souvent moqueur. Mais j’aime aussi le fait qu’il se cache derrière ses blagues pour dissimuler son manque de confiance en lui. C’est pour moi un personnage touchant qui a toujours été mon « Friends » préféré.


Mais après cette première saison, je dois reconnaître que j’ai quelques nuances à apporter. Chandler est régulièrement moqué parce que « trop efféminé ». Il est donc souvent renvoyé à sa potentielle homosexualité. Et c’est un problème. Cette possible homosexualité est raillée, ridiculisée et soyons très clair : désapprouvée. Chandler rejette la moindre allusion à son manque de virilité et cela donne lieu à une multitude de blagues assez lourdes à entendre aujourd’hui. Il refuse qu’on l’associe de près ou de loin aux hommes gays et je trouve ça assez lamentable. Déjà parce que stéréotypé. Non, tous les hommes gays ne sont pas efféminés. Et aussi parce que cela sous-entend qu’il y a quelque chose de dégradant à ne pas être hétérosexuel. Ce qui est évidemment faux, faut-il le rappeler ? Joey, dans une moindre mesure, a ce même travers. Mais fort heureusement (non), il est un hétérosexuel enchaînant les conquêtes et sa virilité n’est donc pas souvent remise en cause…


Là encore, je remarque que ma réaction a évolué avec les années. Désormais quand je vois ces trois mecs à l’écran en train de se rassurer sur leur masculinité par peur d’être ne serait-ce qu’assimilé à un homme gay, ils m’apparaissent assez pathétiques. Alors je trouve toujours Chandler majoritairement drôle, mais pour autant, je lui vois aujourd’hui plus de défauts que quand j’étais adolescente.


  • Quelles bonnes surprises pendant cette saison n° 1 ?


Dans cette partie, j’ai envie de vous parler du couple de Susan et Carol (l’ex-femme de Ross qui refait sa vie avec une femme). Si l’homosexualité masculine est décriée comme on l’a vu plus haut, il faut reconnaître à F.R.I.E.N.D.S d’avoir su mettre à l’écran un couple lesbien à une époque où cela devait être inédit. Alors je nuancerai mon propos en soulignant que Susan et Carol n’échappent pas aux blagues bien stéréotypées autour du lesbianisme. Mais le fait qu’elles soient présentes à de nombreuses reprises dans cette saison, que leur relation soit solide et qu’elles élèvent un enfant avec Ross, tout cela était assez novateur pour l'époque. Cela montrait aux téléspectateurs que les couples homosexuels sont comme les autres et doivent être considérés comme tels. Et dans les années 90, je ne pense pas que ce type de parti-pris était légion.

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J’ai ensuite redécouvert le personnage de Phœbe. Si elle m’a toujours fait rire, je lui ai trouvé une liberté rafraîchissante dans cette première saison. Si elle a comme ses amis une vie sentimentale, celle-ci n’occupe pas l’intégralité de ses préoccupations. En tant qu’héroïne, elle existe par elle-même avec une personnalité hors du commun qui en fait un personnage iconique. Là où Rachel et Monica sont plus classiques et souvent obsédées par leur vie amoureuse, Phœbe dispose d’une véritable indépendance d’esprit qui ne peut pas laisser indifférent.


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J’ajouterais à toutes mes réflexions une chose. Même si je perçois aujourd’hui les côtés problématiques de la série, cela ne m’a pas empêché de passer un très bon moment devant les épisodes. Et c’est OK. Les œuvres mythiques de notre jeunesse auront forcément des aspects à améliorer. Ils viennent d’une époque où on ne prêtait que peu d’intérêt à ces questions. Mais l’important est d’en avoir conscience. De ne pas simplement aimer une œuvre parce qu’elle a toujours fait partie de nos vies sans avoir de recul sur celle-ci.


Pour vous donner un exemple, j’adore le film « Autant en emporte le vent » avec Vivien Leigh et Clark Gable. Mais pour autant, je me rends compte qu’il offre une version très (très) romancée de l’esclavage et de la place des personnes noires dans la société américaine de cette époque. Pour rappel, Hattie McDaniel, qui incarnait Mammy, a été la première femme noire à remporter un Oscar. Ça n’a pas empêché qu’elle ne soit pas admise à la première du film et qu’elle soit à une table différente du reste du casting aux Oscars…


Tout ça pour vous dire qu’on a le droit d’apprécier une œuvre imparfaite pour tout un tas de raisons qui nous appartiennent. Mais nous devons aussi savoir les remettre en cause pour mieux les transmettre aux générations futures.


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Et vous, que pensez-vous de F.R.I.E.N.D.S à l’heure d’aujourd’hui ? La regardez-vous toujours avec plaisir ? Ou au contraire, vous déplait-elle désormais ?


Avez-vous aimé cet article ? N’hésitez pas à me faire part de vos avis, j’adorerais en discuter avec vous !

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