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UNE NOUVELLE INÉDITE
DANS L'UNIVERS DE

PROMIS, JE SUIS MON HÉROÏNE

- Séduction à hauts risques -

Pas motivé pour deux sous, Hugo claqua la portière de sa vieille Jeep défraîchie qu’il venait de garer sur la place de l’Église.

 

— Franchement les gars, c’est pas raisonnable. On a un gros match demain, râla-t-il pour la forme.

Il savait pertinemment que tous ses arguments tomberaient dans l’oreille d’un sourd.

De deux sourds en l’occurrence.

Ces deux amis, Pierre et Popeye, poursuivaient leur route d’un pas tranquille, jusqu’au café du village où ils avaient bien l’intention de passer leur soirée. Ils étaient ses coéquipiers dans l’équipe de foot senior de leur petite ville de Géansault, mais force était de constater qu’ils n’y attachaient pas la même importance…

 

— Ça va, cap », tenta de le rassurer Popeye avec une bourrade affectueuse. J’te promets qu’on ne fera pas la tournée des bars ! On va juste boire un verre avec le reste de la bande…

— En plus, t’as vu le message de Delphine sur WhatsApp ? Y’a une de nos copines d’enfance qui sera là, renchérit Pierre avec enthousiasme.

— Perso, je le croirais quand je la verrais, lui répondit Popeye avec un air dubitatif.

Pierre et lui continuaient de discuter à propos du retour de la fille prodigue du village : Nina. Hugo, lui, se garda bien de donner son avis. Si ses amis étaient ravis de retrouver celle qui avait partagé leurs années d’écoliers, il ne pouvait pas en dire autant. Il n’habitait dans ce village que depuis quelques années et ne l’avait donc jamais côtoyée au quotidien, mais ce n’était pas pour ça qu’il n’avait jamais entendu parler d’elle.

Bien au contraire !

Pour lui, Nina était surtout la petite-fille égoïste de son voisin, le vieil Edmond. Un papy bougon, mais avec le cœur sur la main, qui attendait toute l’année que sa petite-fille vienne lui rendre visite entre deux contrats photo. Oui, parce qu’en plus du reste, la jeune femme était mannequin.

Et plutôt connue s’il en croyait Edmond…

Pour sa part, ce milieu le débectait plus qu’autre chose. Aussi, il n’avait jamais croisé le regard bleu azur de Nina avant leur rencontre fortuite quelques jours plus tôt. Il l’avait surprise en train de zieuter à travers les fenêtres de son salon et en quelques secondes, son avis sur elle s’était confirmé.

Prise en flagrant délit d’indiscrétion, elle n’avait rien trouvé de plus mature que de vouloir jouer de son physique pour rentrer dans ses bonnes grâces.

Peine perdue !

Même si elle était objectivement magnifique et qu’Hugo n’avait jamais croisé de prunelles plus déstabilisantes que les siennes, il était hors de question de lui montrer ne serait-ce qu’une once d’intérêt. Vu le peu d’attention qu’elle montrait à son grand-père, elle n’en valait vraiment pas la peine.

Mais il garderait cela pour lui…

Après avoir salué tout le monde, il s’installa sur une des banquettes défoncées du bar, dans le petit coin où ils s’asseyaient toujours. Très vite, Coralie prit place à ses côtés. Ils n’avaient jamais grand-chose à se dire tous les deux, mais au moins, il y avait peu de chance qu’elle lui parle elle aussi de Nina puisqu’ils étaient les seuls à ne pas avoir passé leur enfance à Géansault.

— Ça va Hugo ? Tu es prêt pour le match de demain ? lui demanda-t-elle avec empressement.

— Oui, oui…

La politesse aurait sûrement voulu qu’il relance la conversation, mais il ne se sentait pas très bavard ce soir. La perspective d’avoir Nina dans les parages ne l’enchantait pas. Et vu la joie démesurée de toute sa bande d’amis à l’idée de la revoir, il se félicita d’avoir tenu sa langue.

Il ne souhaitait pas gâcher leurs retrouvailles…

Popeye lui passa sa cannette de Coca habituel et partit rejoindre sa fiancée, Julie. Ces deux-là avaient beau se fréquenter depuis plus de dix ans, ils se couvaient du regard comme un couple d’adolescents. Hugo ne pouvait pas dire qu’il les jalousait. Il était à une période de sa vie où son célibat ne lui posait aucun problème. Il venait de finir de retaper sa maison, il avait une bande d’amis sur laquelle il pouvait compter, un métier qu’il adorait… Bref, il était plus que comblé et n’avait aucune envie de voir une femme bouleverser tout ça.

Un grand cri aigu le sortit de ses pensées. Son amie Delphine s’était jetée sur un nouvel arrivant.

Ou plutôt une nouvelle arrivante.

Reconnaissant la longue chevelure blonde de sa voisine, Hugo l’observa pendant qu’elle retrouvait les personnes qu’elle avait connues durant son enfance. Il devait admettre qu’elle avait sincèrement heureuse d’être auprès d’eux. Elle enlaçait et embrassait chacun avec enthousiasme, arborant un immense sourire et des yeux pétillants de joie. Un peu trop séduit par ce spectacle, il s’obligea à détourner le regard.

Elle était jolie certes, mais ça ne faisait pas tout !

Quand ils se retrouvèrent face à face, elle sembla surprise. Delphine n’avait pas dû la prévenir qu’il serait présent. Pourtant, il la vit très vite reprendre le contrôle de la situation. Une expression déterminée la traversa tandis qu’elle s’approchait de lui. Hugo n’était pas un novice dans les relations homme/femme, mais il dut avouer que ses muscles se tendirent en sentant sa main se poser sur son bras. Elle se hissa sur la pointe des pieds et prit tout son temps pour lui faire la bise alors qu’il s’efforçait de garder un air placide. Ses cheveux lâchés effleuraient sa peau. Son parfum l’enveloppait sans qu’il puisse rien y faire.

Elle sentait diablement bon en plus du reste…

Fermant les yeux une microseconde, il se détourna sitôt la bise terminée pour faire mine d’attraper son verre de coca.

Pendant la demi-heure qui suivit, il fit de son mieux pour oublier sa présence. Alors qu’elle discutait avec les filles du groupe, il se borna à parler foot avec ses coéquipiers et leur copain Étienne. Il réussissait plutôt bien à faire abstraction quand Nina eut la mauvaise idée de se lever en cambrant son dos. Il put admirer à loisir l’échancrure de son tee-shirt noir qui descendait jusqu’au haut de ses reins. Sa main se serra autour de son verre de soda.

Hugo, un peu de self-control !

— Je paie ma tournée, s’écria Nina en faisant demi-tour dans leur direction. Qui veut quoi ?

​Alors qu’ils lui donnaient leur choix les uns après les autres, elle se tourna vers lui avec un air interrogateur au fond des yeux.

— Non merci, je n’ai pas fini mon coca.

— Coca ? Tu ne veux pas quelque chose d’un peu plus corsé ? lui lança-t-elle, une main posée sur la table.

Elle avait collé son genou à sa cuisse, lui montrant sans aucune ambiguïté qu’elle n’était pas contre un rapprochement entre eux.

Dommage pour elle, il n’était pas du même avis !

Pourtant, la sensation était agréable. Il ne pouvait pas dire le contraire s’il en croyait la tension qui avait envahi le bas de son corps.

​— Non, sans façon, répondit-il d’une voix froide.

Tout en reprenant sa conversation footballistique avec ses amis, il décala sa cuisse pour qu’ils ne se touchent plus. Heureusement pour lui, Nina n’insista pas et partit vers le bar.

Pas sûr qu’il aurait réussi à garder ses moyens beaucoup plus longtemps…

Son répit ne fut que de courte durée. Très vite, Nina revint vers la table, une main soutenant un plateau rempli de boissons et cocktails. Elle était étonnement habile à cet exercice périlleux. Souriante, elle vida le tout devant eux et fila chercher la suite. Popeye ne perdit pas un instant pour attraper sa commande et commença à siroter son verre.

Un verre qui ne devait pas avoir grand-chose de soft…

Heureusement que sa fiancée Julie allait le raccompagner à bon port…

— Hey Nina, t’as déjà trop picolé ? C’est pas une vodka orange ça, rigola-t-il après une gorgée.

— Ah je crois que c’est moi qui aie ta vodka, lança à son tour Delphine avec une grimace de dégoût.

La jeune mannequin devait être trop occupée à flirter avec lui coûte que coûte pour prêter attention aux commandes…

Devant l’air ennuyé qu’arborait Nina, Babeth agita la main dans sa direction. Vu l’équilibre précaire de son amie, Hugo se douta qu’elle n’en était pas à sa première tournée.

— T’inquiètes, c’est pas grave, ma Nini ! Tu galérais déjà pour ne pas oublier ton cartable tous les jours quand on était petits !

L’assemblée explosa de rire. Nina rigola avec tout le monde même si Hugo crut percevoir un certain malaise chez elle.

Elle ne devait pas apprécier d’être tournée en ridicule avec une blague pourtant bon enfant…

 

— ​Et vous vous rappelez quand l’instit la mettait au coin tous les lundis parce qu’elle n’avait pas retenu une seule ligne de la poésie ? renchérit Pierre en entourant les épaules de la jeune femme de son bras.

Sans trop savoir pourquoi, Hugo se sentit agacé par ce geste purement amical. Mais il ne voulait surtout pas s’interroger sur la question. Il préféra s’autopersuader que seul le fait que Nina soit le centre de l’attention le dérangeait. 

— Et quand tu t’étais fait chopper en train de piquer un paquet de chips à l’aire d’autoroute alors qu’on partait pour notre semaine de ski ? se rappela Popeye, des larmes de fou rire au coin des yeux. Cette marque était dégueulasse en plus !

​Hugo continuait d’observer Nina. Le doute n’était plus permis, elle était vraiment gênée par l’évocation de toutes ses bêtises d’enfance. Son sourire s’était figé, elle tâchait de trouver une issue du regard sans y parvenir. Une certaine rougeur avait même envahi ses joues.

— Ah ah oui…, murmura-t-elle d’une petite voix.

— Oh et quand tu avais fait ton exposé sur les fauves et que tu…

— Je vais me chercher une assiette de frites, quelqu’un veut quelque chose à manger ? coupa-t-il.

Il n’avait pas réfléchi à son geste plus que cela. Il souhaitait juste que leur bande change de sujet de conversation. La jeune femme n’était certes pas parfaite, mais Hugo n’avait jamais aimé qu’une personne soit la cible des moqueries de tout un groupe.

Quand bien même, ses amis ne se rendaient pas compte de leur maladresse…

Nina ne perdit pas un instant. Dès que l’attention se détourna d’elle, elle fila hors du bar pour faire un break.

Tant mieux, il n’était pas contre une pause non plus de sa présence perpétuelle…

Son regard tomba sur la veste de Nina toujours posée sur sa chaise. Elle était sortie sans même se couvrir. Elle allait se les geler dehors avec la fraîcheur du soir.

Surtout avec son petit tee-shirt où il manquait la moitié du tissu…

Mais après tout, elle était assez grande pour savoir ce qu’elle avait à faire. De toute manière, elle commençait à prendre un peu trop de place dans son esprit à son goût. Il avait l’impression que partout où il posait les yeux ces derniers temps, elle était là. Dans la cour devant sa maison, chez leur voisine commune Séverine, au marché et maintenant avec sa bande d’amis ! Aussi, il décida de profiter de son absence momentanée, pour discuter avec le groupe, retrouvant avec bonheur ces relations simples et sincères qu’ils avaient tissées depuis son installation au village.

Il échangeait avec Étienne sur un de ses prochains chantiers quand il entendit un peu d’agitation en provenance de la rue. Il ne voyait pas grand-chose à travers le voilage des fenêtres, mais de toute évidence, Nina n’était pas seule à l’extérieur. Il se leva et commença à traverser le bar.

— T’en fais pas, joli cœur, il va rien lui arriver à ta voisine, lui lança Popeye avec un éclat de rire.

Hugo ne lui prêta aucune attention et continua sa route jusqu’à être dehors.

Il s’était inquiété pour rien. Ce n’était qu’une bande d’adolescents qui passait le temps. Parmi eux se trouvait d’ailleurs leur jeune voisin, Simon, et un certain nombre de joueurs qu’il entraînait dans l’équipe de foot des moins de dix-huit ans.

Simon semblait au moins de sa forme. C’était un garçon pas méchant, mais qui traversait une belle crise d’adolescence. Sa mère, Séverine, se désespérait de voir son fils s’éloigner d’elle malgré l’énergie qu’elle lui consacrait. Lui ne rêvait que d’émancipation, ce que pouvait comprendre Hugo.

Mais pas au prix de l’inquiétude d’une maman si dévouée.

L’adolescent et ses copains couvaient Nina d’un regard énamouré qui ne trompait personne. À leur décharge, ils n’avaient pas dû croiser beaucoup de jeunes femmes aussi attirantes que celle qu’ils avaient sous les yeux. Nina, la première, ne devait pas ignorer l’effet qu’elle provoquait chez ces ados en pleine puberté…

Hugo ne put s’empêcher d’être agacé devant ce spectacle. Il était sûr qu’il allait passer pour le vieux con de service, mais tant pis…

​— Salut Simon… Ta mère sait que tu es ici pendant qu’elle est au boulot ?

Le silence se fit à leur table. Devant le visage furibond de Simon, Hugo comprit qu’il avait déclenché les hostilités. Quant à Nina, il préféra ne pas voir l’expression qu’elle arborait.

— C’est quoi ton problème ? jeta Simon avec colère. On fête juste notre victoire…

— Ouais, sois sympa, coach ! renchérit un autre.

— ​On a bien mérité de se détendre un peu !

Hugo refusa de se laisser émouvoir, d’autant que vu les boissons sur la table, la situation n’allait pas s’arranger pour eux. Il attrapa l’une d’elles et sentit la mixture. Avec colère, il donna un coup de pied dans la porte du bar pour interpeller le gérant.

— Baptiste, me dit pas que tu leur sers de l’alcool ? balança-t-il, le verre toujours à la main. T’es au courant qu’ils sont tous mineurs ?

Impassible, le dénommé Baptiste agita la main et retourna à ses clients. Yassim, un jeune garçon, qu’il entraînait au foot avec Simon, tenta de reprendre son verre qu’Hugo tenait. Quand il rencontra le regard glacial de son entraîneur, l’adolescent abandonna la partie.

​— Hey, on t’a rien demandé, coach. On est assez grands pour savoir ce qu’on a à faire.

— Non, justement Yassim. Vous n’êtes pas assez grands pour boire de l’alcool.

S’ils comprenaient seulement le quart de ce qu’ils risquaient…

Parfois, Hugo hésitait à leur confier le décès de son meilleur ami quand il avait à peu près leur âge. Eux aussi avaient passé une bonne soirée entre copains, sans se douter une seconde que les quelques bières qu’ils s’enfilaient en toute innocence, allaient empêcher son meilleur ami d’avoir suffisamment de réflexes pour tenir sa moto sous la pluie…

La présence subite de Nina à ses côtés le tira de ses douloureux souvenirs.

 

— ​Ils ne font de mal à personne, Hugo, lui dit-elle avec une naïveté confondante.

— Ils n’ont pas dix-huit ans, ils n’ont pas à boire d’alcool, point. Surtout quand ils vont quasiment tous rentrer en scooter ou à vélo, n’est-ce pas ? leur demanda-t-il en les regardant à tour de rôle.

Évidemment, personne ne lui répondit. Il voyait pourtant dans les yeux de Nina qu’elle le trouvait beaucoup trop dur.

Rien d’étonnant quand on était soi-même une gamine écervelée…

Hugo repartit dans le café sans attendre.

— Les gars, on a une bande d’ados alcoolisés à raccompagner à la maison.

Savant parfaitement pourquoi il réagissait ainsi, ses amis ne firent aucune difficulté et attrapèrent chacun leur veste.

— Étienne, t’as ta voiture ? demanda Popeye.

— Yep !

— Moi aussi, renchérit Delphine.

— Et moi ! enchaîna Babeth.

Touché qu’il réponde tous présent, Hugo donna une tape amicale dans le dos de Popeye tandis qu’ils se dirigeaient vers la porte d’entrée. Hugo attrapa au passage son manteau et le passa une fois dehors. Il se tourna vers Simon.

— Allez, je te ramène et les autres vont s’occuper du reste d’entre vous !

Il était même prêt à pousser sa bonne volonté jusqu’à raccompagner Nina… Mais il n’eut pas le temps de le proposer que des hauts cris se firent entendre.

​— Mais vous avez cru qu’on avait quel âge en fait ? s’écria la jeune Marine. Vous êtes pas nos vieux, vous pouvez pas nous obliger !

Ce n’était pas la première fois qu’il était témoin de l’énervement de cette adolescente, mais elle allait tomber de haut si elle s’imaginait que ça lui ferait le moindre effet.

— ​Justement, tu veux que je les appelle tes parents ? lâcha-t-il avec colère. Je pense qu’ils seraient ravis de savoir que leur fille de quinze ans boit des bières en douce. Vous êtes totalement irresponsables. Vous picolez alors que vous allez tous repartir sur vos vélos ou vos scooters…

— Oh, mais ça va, râla Simon, on sait ce qu’on fait !

— De toute évidence, non, intervint Julie. Vous feriez bien d’écouter Hugo. Il dit ça pour votre bien.

Intérieurement, Hugo bénit son amie. Cette bande d’ados le trouvait injuste et autoritaire, mais il tentait simplement de les protéger ! Mais Simon n’arrivait pas à s’en rendre compte. Il s’extirpa violemment de sa chaise, la faisant tomber au passage. Il essaya de toiser Hugo.

Mais comme il faisait vingt centimètres de loin, ça n’avait rien d’évident.

​— Pour notre bien ? C’est ça ouais ! Il veut juste se faire mousser comme d’habitude ! C’est parce que Nina est là que tu viens me chercher des embrouilles ?

Que venait faire leur voisine dans l’histoire ?!

Hugo se doutait de l’effet que la jeune femme faisait au garçon, mais Simon ne s’imaginait quand même pas que Hugo était dans le même état ?

Elle était belle, mais il contrôlait un minimum ses hormones !

​D’ailleurs, Hugo ne savait trop pourquoi, Nina décida d’intervenir.

— Simon, calme-toi, dit-elle de sa voix douce.

Une main sur son bras, elle fit de son mieux pour que Simon détourne son regard furieux de Hugo. Celui-ci ne put s’empêcher de secouer la tête devant une attitude si puérile.

— Non Nina, enchaîna Simon, il cherche les ennuis, il va les trouver…

Hugo commençait à en avoir marre de ses attaques perpétuelles. Il s’avança d’un pas, se retrouvant à quelques centimètres à peine de Nina.

— Moi, je cherche les ennuis ? Ce n’est pas moi qui picole pour me donner l’illusion d’être un adulte. Vous agissez comme des gosses, ne vous étonnez pas qu’on vous traite comme tels.

— Perso, je suis fatiguée, intervint Nina après quelques instants tendus. Je pense que je vais rentrer, tu fais le trajet à pied avec moi ?

Ben voyons !

Simon ne voulait sûrement pas céder, mais à l’idée de raccompagner la jeune femme, il ne laissa pas passer sa chance. Il fila chercher son manteau dans le bar.

— Et voilà comment on parle à un ado en colère, lui lança Nina avec amusement.

Elle pensait sincèrement ce qu’elle disait ?

Elle ne faisait que conforter Simon dans son attitude rebelle.

Alors qu’il avait plutôt besoin d’un peu de plomb dans la tête !

— Ah c’est sûr qu’en ayant l’occasion de te ramener chez toi et de fanfaronner devant ses potes, il va bien retenir la leçon, répondit-il avec agacement.

Se laissant envahir à son tour par la colère, Hugo regagna sa Jeep à grands pas et préféra partir.

S’il restait, il y avait de bonnes chances qu’il dise quelque chose qu’il allait regretter !

***

Deux jours plus tard, Hugo n’avait toujours pas décoléré. D’autant qu’il s’était blessé à son match de foot le samedi et que depuis, il avait un mal de chien au genou droit. La douleur ne l’avait pas quitté et il n’osait pas imaginer à quoi ressemblerait sa journée de travail le lendemain.

Si bien que quand il découvrit Nina à sa porte le dimanche soir, en robe noire courte et moulante, il sentit venir les ennuis. Les sourcils froncés, il la regarda de haut en bas.

À quel jeu voulait-elle jouer au juste ?

Il n’avait répondu à aucune de ses allusions, avait bien pris à n’envoyer aucun signal contradictoire, mais pourtant, elle était là chez lui, en petite robe légère alors qu’un vent glacial soufflait.

— Salut ! J’aurai besoin de tes services… d’ébéniste !

Hugo avait noté la poste délibérée qu’elle avait marquée.

Pensait-elle vraiment que ça allait le faire succomber ?

Résolu à la laisser poireauter un peu, il s’appuya contre le chambranle de sa porte.

— Je peux entrer ?

Hugo finit par libérer le passage.

Il ne manquerait plus qu’elle attrape une pneumonie…

Alors qu’elle inspectait le moindre centimètre carré de sa maison (le tout sans la moindre discrétion), Hugo prit son mal en patience.

Elle allait lui dire ce qu’elle venait faire là ?

Quand enfin elle se tourna vers lui, un large sourire ornait son visage.

Au moins, l’un d’eux s’amusait…

— J’aimerais que tu me fasses un devis pour le gîte.

Hugo ne put s’empêcher de hausser les sourcils. Autant pour cette proposition saugrenue que pour la pose de mannequin qu’elle venait de prendre. Le dos cambré, les mains sur les hanches, elle n’en était pas à son premier d’essai.

Mais pour le naturel, elle pouvait toujours repasser !

— Je voudrais lui donner un coup de propre, enchaîna-t-elle. Repeindre les murs, poncer le parquet, ce genre de choses… Et si tu penses à autre chose, n’hésite pas ! On pourrait y aller maintenant pour ne pas perdre de temps !

— Maintenant ?

À cette heure-ci ? Alors qu’il n’aspirait qu’à se poser dans son canapé pour ne plus bouger d’un pouce ?

— Il n’est pas encore vingt heures…, lui dit-elle après avoir regardé l’horloge qu’il avait fixée au mur quelques mois plus tôt.

— Certains d’entre nous travaillent le jour.

Nina ne releva pas, mais à la lueur qui assombrissait ses yeux, elle n’avait pas vraiment apprécié son sous-entendu.

— Mon grand-père voulait vraiment l’avoir rapidement.

Hugo se redressa. C’était surprenant, mais si Edmond était partant, ça changeait la donne.

— Edmond est d’accord pour les travaux ?

— Il m’a laissé carte blanche. Et il aimerait voir le devis dès que tu l’auras fait ! Alors, on y va ?

Elle était trop enthousiaste pour être totalement honnête, mais Hugo ne voulait pas décevoir son voisin. Celui-ci l’avait accueilli avec amitié et lui avait donné plusieurs conseils judicieux pour faire valider ces travaux auprès de la mairie. Il lui devait bien ça.

— Je vais chercher mes affaires, répondit-il en quittant la pièce.

Sa jambe continuait de le lancer, mais heureusement le gîte n’était qu’à quelques mètres de sa maison. Dans une demi-heure à tout casser, il serait chez lui. Dans son bureau, il récupéra sa vieille sacoche et son télémètre avant de regagner son salon.

Sans surprise, Nina était toujours là, resplendissante dans sa courte robe noire ultra moulante. Hugo se demandait comment elle arrivait à respirer dans ce bout de tissu microscopique.

Même si se poser la question n’était probablement pas une bonne idée…

Il préféra filer vers la sortie pour pouvoir en finir au plus vite.
 

Dans le gîte, il commença par mesurer les pièces, attendant que Nina lui explique ce qu’elle avait en tête. Mais celle-ci restait étonnamment silencieuse. La mine basse, elle avait resserré ses bras sur sa poitrine. Il ne connaissait pas ses pensées mais tout à coup, elle ressemblait à une petite fille qui se serait déguisée en femme fatale…

— Je… Enfin, on aimerait redonner un coup de propre dans le hall et les chambres, dit-elle au bout d’un moment. Repeindre les murs en blanc, poncer les parquets et les faire vitrifier…

Il prit des notes pour ne rien oublier.

— En fait…, hasarda-t-elle, il faudrait aussi proposer une option pour mettre une peinture de couleur. Pas sur tous les murs. Juste sur celui-là.

L’idée n’était pas mauvaise. Avec le soleil qui entrait par les fenêtres, ça mettrait en valeur la pièce.

— Vous avez déjà une idée de ce que vous voulez comme couleur ?

— Euh… non, dit-elle avec gêne.

Ça n’avait rien d’étonnant, les gens avaient rarement une projection précise de ce qu’ils souhaitaient à ce stade. Il avait toujours un nuancier de peinture avec lui. Il le sortit de sa sacoche et lui tendit.

— Regarde avec Edmond, vous me le rendrez plus tard.

— Ah euh ok… merci !

— On a fini pour cette pièce ?

— En fait, j’aimerais… euh… Edmond aimerait moderniser un peu ce hall. Mettre un ou deux fauteuils, une petite table… Une desserte aussi peut-être, juste à l’entrée. Tu es ébéniste, non ? Tu pourrais nous proposer quelque chose ?

Edmond voulait lui commander des meubles ?

Première nouvelle !

— Euh… oui, lâcha-t-il après un moment. Je ne pensais pas qu’Edmond aimait ce genre de meubles… Il m’a paru… plus… hum…

— Classique ?

Nina avait un sourire complice auquel il ne put s’empêcher de répondre rapidement avant de pivoter à 180°.

Pas question de succomber à son charme !

— C’est vrai qu’il est plus du style « armoire normande », renchérit Nina avec bonne humeur, mais bon, il sait aussi qu’il faut que le gîte se modernise un peu pour rivaliser avec la concurrence. On passe aux chambres ?

Pendant de longues minutes, Nina lui détailla l’ensemble du chantier qu’ils avaient en tête avec son grand-père. Et on pouvait dire qu’ils avaient vu grand. Elle lui faisait chiffrer tous les travaux possibles et imaginables. Hugo doutait qu’ils commandent le quart de ce qu’ils prévoyaient, mais ce n’était pas la première fois qu’on lui demandait autant de choses pour au final réduire la facture au strict minimum.

Au moins, elle avait gardé une attitude professionnelle pendant toute leur visite, sans lui lancer d’œillades aguicheuses ou d’autres tentatives de dragues du même acabit.

Elle avait dû finir par comprendre qu’il ne se jetterait pas dans ses filets et qu’il valait mieux revenir à de simples relations cordiales entre voisins. Ce n’était certainement pas lui qui allait s’en plaindre. Il en était à se dire qu’il allait faire preuve d’un peu moins de froideur à son égard quand elle la vit trébucher au ralenti. Par réflexe, il tendit les bras pour l’empêcher de tomber.

Mais bon sang, elle était irrécupérable !

Outre le fait qu’il doutait fortement que sa manœuvre soit due au hasard, sa chute lui avait surtout fait un mal de chien. En la récupérant au vol, Hugo s’était machinalement appuyé sur sa jambe droite et une douleur intense s’était rappelé à son bon souvenir. Il n’avait pas pu s’empêcher de gémir tant son genou l’élançait.

En proie à une colère froide, il éloigna la jeune femme d’un geste sec. De son côté, elle ne semblait pas comprendre ce qui lui arrivait. La majorité des hommes devait d’ordinaire se précipiter pour la rattraper…

Pas de chance pour elle, il n’en faisait pas partie !

— Sérieusement ? lâcha-t-il avec un agacement manifeste.

Les yeux ronds, elle ne pipait mot.

— Le coup de la chute ? Vraiment… ?

— Ah, mais euh non pas du tout…

Il ne souhaitait pas en entendre davantage. Il ne s’était pas trompé sur elle en fin de compte. Elle était prête à tout pour obtenir ce qu’elle voulait.

Lui en l’occurrence.

— Te fatigue pas…, l’interrompit-il. Et dire que j’en étais à penser que… laisse tomber ton manège, d’accord ?

— Mais je te promets que…, s’écria-t-elle.

— Stop, la coupa-t-il une nouvelle fois. Je n’avais pas envie d’en arriver là, mais puisqu’apparemment, tu ne comprends pas, je vais être plus clair : je ne suis pas intéressé ! Tu peux ranger tes petites robes et tes clins d’œil, ça ne marchera pas avec moi. Tu es très mignonne et je suis sûre que ton côté poupée Barbie parisienne doit plaire à beaucoup de mecs. Mais ce n’est pas mon cas, ok ?

Il avait été volontairement cruel. Mais que pouvait-il faire d’autre ? Il avait essayé de lui faire comprendre avec diplomatie qu’il n’était pas intéressé et elle n’avait rien voulu entendre. Alors sans attendre sa réponse, il sortit de la chambre sans pouvoir s’empêcher de boiter légèrement. La douleur ne le lâchait plus, mais il devait quitter cette maison à tout prix. Il descendit quelques marches en serrant les dents avant de s’arrêter brusquement. Un doute l’assaillait.

Elle n’avait quand même pas osé…

Il rebroussa chemin. Elle n’avait pas bougé d’un pouce, comme figée.

— Le devis, vous en avez vraiment besoin ou ça fait partie de ta grande opération de séduction ?

— … Nous en avons besoin, chuchota-t-elle.

Au moins elle semblait honteuse de son comportement.

C’était déjà ça.

Hugo repartit vers la sortie.

— Très bien, vous l’aurez demain, dit-il sans se retourner.

En quelques secondes et toujours furieux, il était de retour dans sa maison.

Sa maison qu’il n’aurait jamais dû quitter…

Il le sentait depuis le début, Nina était une source d’ennuis ambulante. Et aussi séduisante soit-elle, il n’était pas question qu’il se laisse avoir par son numéro de charme.

Elle aurait beau user de tous ses stratagèmes, ça n’arriverait pas !

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