« Beloved »…

10 Dec 2012

« Beloved » de Toni Morrison, Ed. 10/18

 

J’avais toujours entendu de bonnes critiques sur ce livre sans jamais en connaître réellement le synopsis… En découvrant la 4ème de couverture, je n’ai pas été déçu :

 

Inspiré d’un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l’horreur et la folie d’un passé douloureux. Ancienne esclave, Sethe a tué l’enfant qu’elle chérissait au nom de l’amour et de la liberté, pour qu’elle échappe à un destin de servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable.

 

Autant vous dire que j’avais bien conscience que je n’allais pas m’amuser beaucoup en lisant ce livre… Mais après tout, il faut savoir varier ses lectures.

 

Ce roman a été une découverte pour moi. Plongée dans cette atmosphère malveillante et pesante, j’ai souvent éprouvé le besoin de fermer le livre pour reprendre des activités plus légères. Mais heureusement, j’ai été au bout de cette histoire qui gagne en puissance au fil des pages.

 

Vous démarrez avec très peu d’informations ce qui engendre une lecture légèrement frustrante. Néanmoins à travers les personnages de Sethe, de Paul D son ami d’enfance et de Denver sa fille, vous parvenez lentement à reconstituer les pièces de ce drame familial.

 

En lisant la 4ème de couverture, on ne peut que blâmer Sethe, cette mère qui commet le pire des crimes : l’infanticide. Cependant, en découvrant son histoire personnelle et celle de son peuple, je suis arrivée à la conclusion qu’on ne peut juger ce qu’on ne comprend pas. En effet, comment pourrait-on comprendre un geste aussi désespéré si l’on n’a pas vécu ne serait-ce qu’un dixième des violences ignobles qu’on connut tous ces hommes et femmes pendant des décennies. L’esprit humain a ses propres limites et la cruauté y fait des dommages indélébiles.

 

La description tellement crue de la vie des esclaves m’a beaucoup troublée. La vie quotidienne de ces femmes et ces hommes nous ait conté avec une violence telle qu’on ne peut croire que des êtres humains ont pu s’abaisser à se conduire de la sorte avec d’autres êtres humains. L’aspect le plus violent est peut-être cette acceptation. Ces hommes et ces femmes n’ont connu qu’une condition d’esclave où le Blanc a tout pouvoir, si bien qu’ils ne pensent même pas à se rebeller. Leur vie est ainsi, il ne sert à rien de perdre son énergie à rêver d’autre chose.

 

Paul D ne dit mot, parce qu’elle n’attendait pas de réponse de sa part ni n’en désirait, mais il comprenait parfaitement ce qu’elle voulait dire. Ecouter les tourterelles à Alfred, Géorgie, et n’avoir ni le droit ni la permission d’y prendre plaisir, parce que dans cet endroit, brume, tourterelles, soleil, poussière cuivrée, lune – tout appartenait aux hommes qui avaient les fusils. De petits hommes, pour certains, et des hommes grands aussi, qu’il aurait tous pu briser comme fétus, s’il l’avait voulu. Des hommes convaincus que leur virilité résidait dans leur fusil et qui n’était même pas gênés de savoir que, coup de feu ou pas, les renards se moquaient d’eux. Et ces « hommes » qui faisaient rire jusqu’aux renardes pouvaient, si vous les laissiez faire, vous priver d’entendre les tourterelles ou d’aimer le clair de lune. Si bien que vous vous protégiez et que vous finissiez par aimer petit. Que vous choisissiez la plus petite étoile du ciel pour vôtre ; que vous couchiez la tête tordue pour apercevoir la bien-aimée par dessus le bord du fossé avant de vous endormir. Lui glissiez des coups d’oeil timides entre les arbres au moment de l’enchaînage. Brins d’herbes, salamandres, araignées, piverts, scarabées, vous n’aviez droit qu’à un royaume de fourmis. A l’exclusion de tout ce qui était plus grand. Une femme, un enfant, un frère – un grand amour comme ceux-là vous eût déchiré de part en part, à Alfred, Géorgie. Il savait exactement ce qu’elle voulait dire : arriver quelque part où l’on pouvait aimer tout ce que l’on voulait – ne pas avoir besoin d’autorisation pour désirer – eh bien, ça c’était la liberté.

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