Écriture - Comment je crée mes personnages ?


De temps en temps, je reçois des demandes de conseils en écriture ou en auto-édition. Et si loin de moi l'idée d'être une experte sur ces deux sujets, je me suis dit que je pouvais peut-être vous livrer ma façon de faire.


Je vais donc essayer de vous proposer quelques articles et j’espère sincèrement qu’ils pourront vous aider.


Encore une fois, je n'ai aucunement la prétention d'avoir LA méthode idéale, mais si cela peut aider certain.es d'autres vous à se lancer dans la rédaction ou la publication d’un roman, j'en serai très heureuse.


Tout d’abord pourquoi commencer par un article sur les personnages ?


Déjà, parce que la majorité des demandes de conseils que j’ai reçus par rapport à l’écriture tournait autour de cette question : Comment créer un bon personnage ? (vous avez trois heures…)


Et pour ma part, je trouve aussi qu’il s’agit d’un des plus grands enjeux d’un roman. Au démarrage de chacun de mes romans, il y avait bien évidemment des thématiques importantes à mes yeux, mais elles s’incarnaient toujours au travers du personnage. Mes héroïnes étaient le moyen de faire prendre vie aux messages que je voulais transmettre.


Je vais commencer cet article en vous donnant mon cheminement quand je dois créer un personnage et je répondrais ensuite aux questions qu’on a pu me poser en MP sur Instagram.


1 — L’intérêt du personnage ?


Je pense que cette question est au démarrage de tout processus de création : Pourquoi ?


Pourquoi ai-je besoin de créer ce nouveau personnage ?

A-t-il une réelle utilité pour mon intrigue ?


Si la multitude de personnages peut avoir un intérêt (coucou Agatha Christie), il faut néanmoins que chacun d’eux ait un réel impact sur l’histoire. Il ne doit pas être là uniquement pour faire joli, au risque de paraître creux et sans intérêt. Dans le cas d’Agatha Christie, la multiplication des personnages permet d’accentuer la possibilité de suspects et également de mettre en avant un aperçu éclectique de la société britannique de l’époque.


Dans mon premier roman « Promis, j’arrête de rêver », après plusieurs retours de bêta-lectrices, j’en suis venue à supprimer un personnage. Plus exactement, à le fusionner avec un autre. Pourtant, je l’aimais beaucoup et sa présence était tout à fait crédible. Mais au fond, il n’amenait rien à mon histoire. En le réunissant avec un autre personnage, les interactions avec mon héroïne n’en étaient que plus percutantes et le récit plus fluide.


Selon moi, un personnage ne peut pas faire partie du décor. Il est là donc servez-vous-en. Si vous ne lui trouvez aucune utilité particulière, alors il faut peut-être se poser la question de sa suppression.


2 — Quand le personnage vit sa vie dans ma tête…


Une fois qu’un personnage (et son rôle dans mon intrigue) a émergé, je le laisse vivre sa vie dans un coin de ma tête. J’imagine sa voix, sa manière de marcher, ses gestes… Jusqu’à ce que l’image mentale que je m’en suis faite colle.


Chez moi, cette étape se fait un peu toute seule. Quand je fais une activité où mon cerveau peut s’évader (de la cuisine, du sport ou le soir dans mon lit…), mon personnage a toute latitude pour vivre 1001 aventures dans ma tête.


Et au fur et à mesure, il devient de plus en plus consistant. À travers sa manière de parler, ses réactions, son humour, j’esquisse un caractère, une silhouette… Et puis surtout, je détermine ses besoins. Qu’ils soient amoureux, amicaux, familiaux ou professionnels, c’est à ce moment-là que ses aspirations se dessinent.


Pour mon roman « Promis, je choisis d’être heureuse », l’évolution de Sophie a considérablement évolué pendant ce travail préparatoire. À la base, quand j’imaginais cette histoire, son intrigue amoureuse et familiale se dessinait déjà, mais cela me semblait un peu léger. Je voulais qu’elle puisse progresser sur un axe qui n’appartenait qu’à elle : à savoir son métier. Et au fil de l’écriture, ce petit pan de l’histoire a pris de plus en plus de place pour devenir un élément extrêmement important de mon roman.


Parce que ne vous y trompez pas. La création d’un personnage aux besoins multiples au-delà de servir votre personnage lui-même va surtout nourrir votre histoire. L’enrichir de thématiques ou de nuances vont lui apporter profondeur et complexité.


Alors bien sûr, je ne fais cette démarche que pour les personnages principaux. Jamais pour les personnages secondaires, au risque que mon cerveau devienne un hall de gare…


3 — L’importance du nom


D’autres auteurs.rices pourront vous dire que le prénom de leurs héros importe peu. Personnellement, c’est une étape très importante. Je suis capable de changer autant de fois que nécessaire un prénom tant que je ne sens pas qu’il s’intègre à mon histoire. Sans mentir, je peux passer des heures sur des dictionnaires de prénom pour dénicher LE prénom parfait.


Je vous donne un exemple très concret. Quand j’ai commencé à écrire la saga des « Promis », le personnage de Sophie se prénommait Joséphine alias Joe. J’avais toujours adoré ce prénom dans « Les quatre filles du Dr March » de Louisa May Alcott. Mais quand je me suis attelée à « Promis, j’arrête de rêver », je sentais que cela ne fonctionnait pas. Pour moi, le nom « Joe » était intimement lié à Joe March, à son caractère rebelle. Cela ne collait pas du tout à l’image que je me faisais du personnage de Sophie. Pour moi, si elle ne manquait pas de caractère, elle était surtout la voix de la sagesse dans ce quatuor de colocataires. Sophie s’est donc imposée vu que sa racine grecque (Sophia) signifie sagesse.


De même, Louise se prénommait Julia. Un prénom qui sonnait un peu trop nord-américain pour moi et que j’ai voulu changer rapidement.


J’ai besoin que le nom de mes personnages reflète ce que je m’imagine d’eux. Ce choix est évidemment totalement subjectif et la plupart du temps ne repose sur rien de concret, mais vu le nombre d’heures que vous allez passer avec vos personnages, autant que leurs noms vous plaisent, non ??


4 — Jamais sans ma fiche personnage


Là encore, c’est en écrivant que vous pourrez vous rendre compte si ce conseil s’adresse à vous ou non. Pour ma part, à chaque fois que j’ai créé un personnage sans faire sa fiche, je me suis plantée. Je n’arrivais pas à le cerner, à lui donner de la complexité.


En le décrivant par écrit, en posant des mots sur son caractère, ses petits travers, il prenait alors une vraie consistance.


Si cela vous intéresse, je vous laisse un modèle de mes fiches personnage à la fin de l'article. Encore une fois, je n’ai strictement rien inventé et je me suis sans aucun doute inspirée des fiches déjà existantes. Mais cela vous donnera un aperçu des informations dont j’ai besoin pour imaginer mon personnage.


Étant donné le nombre d’informations hyper détaillées qui se retrouvent dans la fiche, il n’y a aucune chance que chacune d’entre elles figure dans le roman, mais la totalité me permet de construire un caractère cohérent, de pouvoir connaître ses réactions en fonction des circonstances.


Je me suis toujours aperçue que, sans cette fiche, je partais totalement à l’aveugle et mon personnage finissait par sonner faux.


Un bon personnage ne peut pas être 100 % parfait ou mauvais. Il faut le connaître parfaitement dans ses qualités comme dans ses défauts pour qu’il soit crédible face au lecteur. Mieux même, qu’il puisse s’y identifier.


Alors, certains écrivains parviennent à s’en passer, mais si tu es sur un premier roman, je te conseille fortement d’avoir recours à cette méthode pour te permettre de rencontrer réellement ton personnage.


5 — Ne pas avoir peu de revenir en arrière


Lors de mes premières tentatives d’écriture, vu que je n’avais jamais eu recours à la fiche personnage, je me suis retrouvée plus d’une fois face à un personnage qui avait viré à la caricature. Qu’il soit un modèle de perfection ou le pire des salauds, quand un personnage n’est pas réaliste, cela se ressent tout de suite.


Je pense que le meilleur exemple d’un personnage complexe que je pourrais vous trouver serait probablement le professeur Rogue. Au premier abord, il est juste un professeur cruel et horrible. Mais au fil des tomes, on en découvre beaucoup sur son passé et ses actions, ce qui nous permet de remettre totalement en perspective ce que nous savions de lui.


Si dès le premier coup d’œil, on arrive à tout savoir de votre personnage, qu’il ne réserve aucune surprise, le lecteur risque vite de se lasser. Et dans ce cas-là, je pense qu’il ne faut pas hésiter à le modifier.


Quand on a avancé dans son manuscrit, l’idée de la réécriture fait toujours peur. Mais elle est très souvent nécessaire, voire incontournable. Et cela ne concerne pas seulement l’orthographe, la concordance des temps (mon ennemi personnel) ou la tournure de phrases. Il faut aussi savoir l’appliquer à un personnage qui ne s’intègre pas correctement à l’histoire.


En le supprimant, comme je l’expliquais tout à l’heure. Ou bien en le modifiant.


Pour ma part, le personnage que j’ai sûrement le plus fait évoluer est Nina. Pendant mes premières années d’écriture, quand la saga des « Promis » en était encore au stade du roman choral, Nina était un personnage très différent. De serveuse/aspirante mannequin dans mes romans d’aujourd’hui, elle était en fait un top-modèle mondialement connu dont tous les hommes étaient à ses pieds.


Quand j’ai entrepris une vraie réécriture de mon roman, je me suis rendu compte que ce personnage sonnait faux. Je voulais écrire sur une bande de copines et sur les épreuves très classiques qu’elles pouvaient expérimenter (amour, amitié, famille, travail…). Si Nina était restée cette mannequin hyper connue et richissime, l’osmose n’aurait pas pu prendre de la même manière.


Alors, pour ceux qui ont lu mes romans, vous constaterez que je n’ai pas tout changé. Mais en lui créant plus de difficultés, en complexifiant son intrigue et son passé, elle est devenue à mes yeux un personnage beaucoup plus profond et touchant.



Voilà pour mes différentes étapes lors de la construction d’un personnage. J’espère que cela aura pu vous aider. Et s’il vous reste des questions, n’hésitez pas à me contacter via le site ou sur Instagram.

 

Je vais maintenant répondre aux questions que vous avez pu me poser en MP.


Quelle est la différence fondamentale entre un personnage principal et un personnage secondaire ?

Le personnage principal a généralement des axes de progression multiples. Qu’il s’agisse de faire évoluer son caractère, sa vie amoureuse ou professionnelle, il va devoir transformer différents aspects de sa vie.

Le personnage secondaire, lui, est davantage un « outil » pour l’intrigue. Il sert le héros, lui permet de progresser, en lui mettant des obstacles sur son chemin ou au contraire en lui donnant des clés pour progresser. Le personnage secondaire peut avoir sa propre intrigue, mais elle doit rester en arrière-plan de l’intrigue principale. Si cela vous pose problème dans la construction de votre récit, il faut peut-être donner à ce personnage une place plus importante.


Selon toi, quel est un bon personnage de roman ?

Pour moi, un bon personnage est un personnage qui ne se révèle pas immédiatement. C’est un personnage qui réserve des surprises, des rebondissements au lecteur. Si je devais vous donner un autre exemple que le professeur Rogue, je dirais Mr Darcy d’« Orgueil et Préjugés ».

Si dans les premiers chapitres, le personnage est hautain et détestable, il évolue en douceur vers un grand héros romantique. Contrairement à Rogue dont l’évolution est intrinsèquement liés aux révélations du dernier tome, le lecteur voit évoluer Mr Darcy au fil du roman. On perçoit ses sentiments pour Lizzie avant qu’elle-même s’en rende compte et on peut constater que derrière sa façade arrogante, il y a un personnage bien plus complexe.


Comment faire pour que le personnage ne soit pas agaçant ?

Ce n’est pas toujours facile quand votre histoire doit comporter des personnages « méchants » de ne justement pas en faire des caricatures de vilains. Pour ça, là encore, il faut lui donner du relief, un passé qui pourrait expliquer son comportement, des blessures. Dans la vie, rares sont les personnes qui sont foncièrement horribles sans aucune raison. Souvent des traumatismes sont à l’origine de leur noirceur.

Dans votre roman, c’est exactement la même chose. Il faut construire son personnage de telle façon que, sans excuser pour autant des actes horribles, on puisse leur trouver une provenance.


Quel est le personnage qui t’a donné le plus de mal ?

Clairement, c’est le personnage de Louise.

Le début de la rédaction du tome qui va lui être consacré et que je suis actuellement en train d’écrire a été plus laborieux que ce à quoi je m’attendais.

Louise a un caractère assez fort, à la limite de l’intransigeance. Si dans les tomes précédents, ce n’était pas gênant puisqu’elle servait l’héroïne et que cela pouvait souvent être considéré comme de l’humour, dans ce tome-ci, je me suis aperçue que j’avais du mal à ne pas en faire une héroïne arrogante et antipathique.

J’ai donc réfléchi à ce qui pouvait expliquer sa manière sans concession de mettre en avant ses idées, et à force de réflexion, j’ai réussi à la faire évoluer d’une façon qui me plaît davantage ! Mais cela m’a appris que même quand je pense connaître mes personnages, je dois toujours interroger leurs motivations !


Quel est ton personnage préféré ?

Sans aucune hésitation, je dirais Mr Darcy.

Pour toute l’évolution dont je vous ai parlé plus haut, mais aussi pour sa droiture dont il ne dérive jamais. Mr Darcy est un personnage cohérent. Il n’a rien d’une girouette. Pour ma part, je ne supporte pas quand un personnage met en avant un trait de caractère pour avoir l’exact inverse dix pages plus loin !


 

Voilà, je pense avoir fait le tour de la thématique des personnages et j’espère avoir pu vous aider dans la construction de vos héros !


Encore une fois, si vous avez des questions (sur les personnages ou sur d’autres aspects de l’écriture), n’hésitez pas à venir m’en parler !


 

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